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GUIDE ANTHOLOGIQUE SUR LE VIN

BUCHE
de Théodore Faullin de BANVILLE
A quoi
penses-tu, pauvre bûche?
Dis-je à la bûche dans mon feu,
Qu'un blanc vêtement de peluche
Environnait, comme par jeu,
Pâlie et rouge tour à tour,
Comme une fille en mal d'amour.
La bûche répondit:
Je pense,
Avec un plaisir infernal,
Que la plus douce récompense
Est mon habit de cardinal,
Dont l'adorable vermillon
Brille comme un rouge paillon.
Le froid noir, c'est
moi qui le brave,
Car seule, en ce moment, j'ai chaud.
Et folle, ayant quitté la cave
Du charbonnier, sombre cachot,
Je me chauffe dans un brasier
Aussi vermeil que le rosier.
Chacun s'affuble de
mitaines.
En proie à l'Hiver, ce bourreau,
Blanches, les muettes fontaines,
Oubliant de verser leur eau,
Avec un faste oriental
Ont de grands plumets de cristal.
Ne pouvant porter
de voilettes,
Les messieurs tristes, dont les nez
Ressemblent à des violettes,
Regrettent parfois d'être nés
Ailleurs qu'au pays où Brazza
Dans l'air enflammé s'embrasa.
Quant aux femmes,
trésor des hommes,
Ces languissantes éloas
Obtiennent, pour de fortes sommes,
Des écharpes et des boas
Comme en a pu voir Paul de Kock,
Faits avec des plumes de coq.
Moi que, seule, contre
la bise
Défend le calorique sain,
Je reste, pour qu'on me courtise,
Rose, comme le bout du sein
Que, parmi des touffes de lys,
Baisait le chasseur Adonis.
Je règne sur
mon lit de bronze,
Princesse qu'il faut envier,
En mil huit cent quatre-vingt-onze
Et dans cet horrible janvier,
Car je sens dans ma braise en fleur
Deux mille degrés de chaleur.
Tout en admirant le
prodige,
Après ce discours si complet,
Voilà qui va des mieux, lui dis-je,
Et ton éloquence me plaît.
Ta douce fierté me surprit,
Mais, bûche, as-tu beaucoup d'esprit?
C'est là que
je flaire une embûche.
Fût-ce un auteur du plus grand vol,
Un homme qu'on appelle Bûche,
Est rarement un Rivarol,
Et sans doute il semblerait fort
De le confondre avec Chamfort.
C'est bon, dit la
bûche hautaine,
Qui parlait selon son humeur,
Comme parlent chez La Fontaine
Les objets quelconques, -- rimeur
Glorieux du vin que tu bois,
Je le sais bien, je suis en bois.
Mais que de gens font
des tirages
De leurs portraits coloriés
Et, pour se garer des orages,
Mettent des chapeaux de lauriers
Sur leurs têtes pâles d'émoi,
Qui sont aussi bûches que moi!
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Auteur Jean-Gérard Gosselin
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