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GUIDE ANTHOLOGIQUE SUR LE VIN

L'EMIGRANT
DE LANDOR ROAD
de
Guillaume APOLLINAIRE
Le
chapeau à la main il entra du pied droit
Chez
un tailleur très chic et fournisseur du roi
Ce
commerçant venait de couper quelques têtes
De
mannequins vêtus comme il faut qu'on se vête
La
foule en tous sens remuait en mêlant
Des
ombres sans amour qui se traînaient par terre
Et
des mains vers le ciel pleins de lacs de lumière
S'envolaient
quelquefois comme des oiseaux blancs
Mon
bateau partira demain pour l'Amérique
Et je ne reviendrai
jamais
Avec
l'argent gardé dans les prairies lyriques
Guider
mon ombre aveugle en ces rues que j'aimais
Car
revenir c'est bon pour un soldat des Indes
Les
boursiers ont vendu tous mes crachats d'or fin
Mais
habillé de neuf je veux dormir enfin
Sous
des arbres pleins d'oiseaux muets et de singes
Les
mannequins pour lui s'étant déshabillés
Battirent
leurs habits puis les lui essayèrent
Le
vêtement d'un lord mort sans avoir payé
Au
rabais l'habilla comme un millionnaire
Au dehors les années
Regardaient
la vitrine
Les mannequins
victimes
Et passaient
enchaînées.
Intercalées
dans l'an c'étaient les journées neuves
Les
vendredis sanglants et lents d'enterrements
De
blancs et de tout noirs vaincus des cieux qui pleuvent
Quand
la femme du diable a battu son amant
Puis
dans un port d'automne aux feuilles indécises
Quand
les mains de la foule y feuillolaient aussi
Sur
le pont du vaisseau il posa sa valise
Et s'assit
Les
vents de l'Océan en soufflant leurs menaces
Laissaient
dans ses cheveux de longs baisers mouillés
Des
émigrants tendaient vers le port leurs mains lasses
Et
d'autres en pleurant s'étaient agenouillés.
Il
regarda longtemps les rives qui moururent
Seuls
des bateaux d'enfants tremblaient à l'horizon
Un
tout petit bouquet flottant à l'aventure
Couvrit
l'Océan d'une immense floraison.
Il
aurait voulu ce bouquet comme la gloire
Jouer
dans d'autres mers parmi tous les dauphins
Et l'on tissait
dans sa mémoire
Une tapisserie
sans fin
Qui figurait
son histoire.
Mais pour noyer changées en poux
Ces
tisseuses têtues qui sans cesse interrogent
Il se maria
comme un doge
Aux
cris d'une sirène moderne sans époux
Gonfle-toi
vers la nuit O Mer Les yeux des squales
Jusqu'à
l'aube ont guetté de loin avidement
Des
cadavres de jours rongés par les étoiles
Parmi
le bruit des flots et des derniers serments.
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Auteur Jean-Gérard Gosselin
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