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GUIDE ANTHOLOGIQUE SUR LE VIN

LE
TRIOMPHE DE BACCHOS
de Théodore Faullin de BANVILLE 1823-1891
Sa
face estoit comme d'un jeune enfant, pour enseignement que tous bons beuveurs
jamais n'envieillissent, rouge comme un chérubin, sans aucun poil
de barbe au menton: en teste portoit cornes aiguës: au-dessus d'icelles
une belle couronne faite de pampres et de raisin, avec une mitre rouge
cramoisine, et estoit chaussé de brodequins dorez.
En sa compagnie n'estoit un seul homme, toute sa garde et toutes ses forces
estoient des Bassarides, Evantes, Euhyades, Edonides, Trieterides, Ogygies,
Mimalones, Ménades, Thyades et Bacchides, femmes forcenées,
furieuses, enragées, ceintes de dragons et serpens vifs en lieu
de ceintures: les cheveux voletans en l'air avecques fronteaux de vignes...
Rabelais.
Le chant de l'Orgie
avec des cris au loin proclame
Le beau Lysios, le Dieu vermeil comme une flamme,
Qui, le thyrse en main, passe rêveur et triomphant,
A demi couché sur le dos nu d'un éléphant.
Le tigre indien,
le lynx, les panthères tachées,
Suivent devant lui, par des guirlandes attachées,
Les chèvres des monts, que, réjouis par de doux vins,
Mènent en dansant les Satyres et les Sylvains.
Après eux
Silène, embrassant d'une lèvre avide
Le museau vermeil d'une grande urne déjà vide,
Use sans pitié les flancs de son âne en retard,
Trop lent à servir la valeur du divin vieillard.
Sous leurs peaux
de cerfs les évantes et les Thyades,
Le choeur furieux des Bacchides et les Ménades,
En arrondissant l'arc vigoureux de leurs beaux reins,
Sautent aux accords des flûtes et des tambourins.
La reine du choeur,
déesse à la rouge paupière,
Heurte, en agitant ses grands cheveux mêlés de lierre
Sur ses seins meurtris par le vent de ces lieux déserts,
Ses crotales d'or dont le chant déchire les airs.
En l'honneur du dieu
retentissent les dithyrambes;
Le choeur en démence entre-choque ses mille jambes,
Et, quittant la terre avec le rhythme forcené,
Comme un tourbillon vole sur un mode effréné.
Folle, ayant encor
du vin sur le coin de sa lèvre,
Seule, Aganappé, la belle Nymphe aux pieds de chèvre,
Pâle de désir, et pleine de l'amour du Dieu,
S'arrête, pensive, et tourne vers lui son oeil bleu.
O Cypris! le choeur
la renverse dans la poussière,
Son corps palpitant roule dans la fange grossière;
Les vierges des bois marchent dans son sang et ses pleurs,
Et foulent aux pieds son sein qui ressemble à des fleurs.
Sa bouche frémit
de désespoir et de tendresse;
Fière d'expirer au milieu de sa double ivresse,
Dans son sang plus pur que le vin coulant sur l'autel
Voici qu'elle meurt, les yeux sur le jeune immortel.
Bacchos triomphant
n'a pas vu, dans la sainte fièvre,
Mourir à ses pieds la belle Nymphe aux pieds de chèvre,
Ni couler son sang, ni le vin, qui s'échappe à flots
De l'urne d'airain, bouillonner avec des sanglots.
Il rêve à
Câma, l'Amour aux cinq flèches fleuries,
Qui, lorsque soupire au milieu des roses prairies
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Auteur Jean-Gérard Gosselin
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