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GUIDE ANTHOLOGIQUE SUR LE VIN

MASCARADES
de Théodore
Faullin de BANVILLE * 1823 - 1891
Le
Carnaval s'amuse!
Viens le chanter, ma Muse,
En suivant au hasard
Le bon Ronsard!
Et d'abord,
sur ta nuque,
En dépit de l'eunuque,
Fais flotter tes cheveux
Libres de noeuds!
Chante ton
dithyrambe
En laissant voir ta jambe
Et ton sein arrosé
D'un feu rosé.
Laisse même,
ô Déesse,
Avec ta blonde tresse,
Le maillot des Keller
Voler en l'air!
Puisque je
congédie
Les vers de tragédie,
Laisse le décorum
Du blanc peplum,
La tunique
et les voiles
Semés d'un ciel d'étoiles,
Et les manteaux épars
A Saint-Ybars!
Que ses vierges
plaintives,
Catholiques ou juives,
Tiennent des sanhédrins
D'alexandrins!
Mais toi,
sans autre insigne
Que la feuille de vigne
Et les souples accords
De ton beau corps,
Laisse ton
sein de neige
Chanter tout le solfège
De ses accords pourprés,
Mieux que Duprez!
Ou bien,
mon adorée,
Prends la veste dorée
Et le soulier verni
De Gavarni!
Mets ta ceinture,
et plaque
Sur le velours d'un claque
Les rubans querelleurs
Jonchés de fleurs!
Fais, sur
plus de richesses
Que n'en ont les duchesses,
Coller jusqu'au talon
Le pantalon!
Dans tes
lèvres écloses
Mets les cris et les poses
Et les folles ardeurs
Des débardeurs!
Puis, sans
peur ni réserve,
Réchauffant de ta verve
Le mollet engourdi
De Brididi,
Sur tes pas
fiers et souples
Traînant cent mille couples,
Montre-leur jusqu'où va
La redowa,
Et dans le
bal féerique,
Hurle un rhythme lyrique
Dont tu feras cadeau
A Pilodo!
Tapez, pierrots
et masques,
Sur vos tambours de basques!
Faites de vos grelots
Chanter les flots!
Formidables
orgies,
Suivez sous les bougies
Les sax aux voix de fer
Jusqu'en enfer!
Sous le gaz
de Labeaume,
Hurrah! suivez le heaume
Et la cuirasse d'or
De Mogador!
Et madame
Panache,
Dont le front se harnache
De douze ou quinze bouts
De marabouts!
Au son de
la musette
Suivez Ange et Frisette,
Et ce joli poupon,
Rose Pompon!
Et Blanche
aux belles formes,
Dont les cheveux énormes
Ont été peints, je crois,
Par Delacroix!
De même
que la Loire
Se promène avec gloire
Dans son grand corridor
D'argent et d'or,
Sa chevelure
rousse
Coule, orgueilleuse et douce;
Elle épouvanterait
Une forêt.
Chantez,
Musique et Danse!
Que le doux vin de France
Tombe dans le cristal
Oriental!
Pas de pudeur
bégueule!
Amis! la France seule
Est l'aimable et divin
Pays du vin!
Laissons
à l'Angleterre
Ses brouillards et sa bière!
Laissons-la dans le gin
Boire le spleen!
Que la pâle
Ophélie,
En sa mélancolie,
Cueille dans les roseaux
Les fleurs des eaux!
Que, sensitive
humaine,
Desdémone promène
Sous le saule pleureur
Sa triste erreur!
Qu'Hamlet,
terrible et sombre
Sous les plaintes de l'ombre,
Dise, accablé de maux:
"Des mots! des mots!"
Mais nous,
dans la patrie
De la galanterie,
Gardons les folles moeurs
Des gais rimeurs!
Fronts couronnés
de lierre,
Gardons l'or de Molière,
Sans prendre le billon
De Crébillon!
C'est dans
notre campagne
Que le pâle champagne
Sur les coteaux d'Aï
Mousse ébloui!
C'est sur
nos tapis d'herbe
Que le soleil superbe
Pourpre, frais et brûlants,
Nos vins sanglants!
C'est chez
nous que l'on aime
Les verres de Bohême
Qu'emplit d'or et de feu
Le sang d'un Dieu!
Donc, ô
lèvres vermeilles,
Buvez à pleines treilles
Sur ces coteaux penchants,
Pères des chants!
Poésie
et Musique,
Chantez l'amour physique
Et les coeurs embrasés
Par les baisers!
Chantons
ces jeunes femmes
Dont les épithalames
Attirent vers Paris
Tous les esprits!
Chantons
leur air bravache
Et leur corset sans tache
Dont le souple basin
Moule un beau sein;
Leur col
qui se chiffonne
Sur leur robe de nonne,
Leurs doigts collés aux gants
Extravagants;
Leur chapeau
dont la grâce
Pour toujours embarrasse,
Avec son air malin,
Vienne et Berlin;
Leurs peignoirs
de barège
Et leurs jupes de neige
Plus blanches que les lys
D'Amaryllis;
Leurs épaules
glacées,
Leurs bottines lacées
Et leurs jupons tremblants
Sur leurs bas blancs!
Chantons
leur courtoisie!
Car ni l'Andalousie,
Ni Venise, les yeux
Dans ses flots bleus,
Ni la belle
Florence
Où, dans sa transparence,
L'Arno prend les reflets
De cent palais,
Ni l'odorante
Asie,
Qui, dans sa fantaisie,
Tient d'un doigt effilé
Le narghilé,
Ni l'Allemagne
blonde
Qui, sur le bord de l'onde,
Ceint des vignes du Rhin
Son front serein,
N'ont dans
leurs rêveries
Vu ces lèvres fleuries,
Ces croupes de coursier,
Ces bras d'acier,
Ces dents
de bête fauve,
Ces bras faits pour l'alcôve,
Ces grands ongles couleur
De rose en fleur,
Et ces amours
de race
Qu'Anacréon, Horace
Et Marot enchantés,
Eussent chantés!
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Auteur Jean-Gérard Gosselin
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